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LA PLUME

TESSA OLÉMI

Elle connaît l’ombre et choisit pourtant de laisser une chance à la lumière.

Adaptation & écriture · romans · vérité humaine

Une bonté qui n’ignore rien

Tessa Olémi est romancière et adaptatrice. Sa gentillesse n’a rien d’une ignorance de la cruauté humaine : dans les livres, elle reconnaît la jalousie, l’emprise, la lâcheté, la manipulation ou le désir de destruction avec une précision presque terrifiante. Dans la vie, pourtant, elle refuse de transformer cette connaissance en présomption de culpabilité. S’il reste une chance qu’une personne soit sincère, elle préfère la lui laisser.

« Elle connaît la part sombre des hommes et choisit pourtant de leur laisser une chance. »

On peut trahir les événements, jamais l’être humain

Pour Les Improbables, Tessa transforme des œuvres existantes en matière jouable. Elle accepte de couper, déplacer, condenser ou inventer une situation si l’expérience l’exige. Une seule limite demeure non négociable : elle refuse de faire agir un personnage pour une raison qu’elle considère psychologiquement fausse. Elle cherche moins à préserver chaque événement qu’à conserver ce qui rend le personnage humainement vrai.

L’étrange comme fissure, jamais comme preuve

Ses premiers textes accordaient une place importante au surnaturel. Avec le temps, l’étrange est devenu plus discret : une hypothèse, un déplacement du regard, une possibilité parmi d’autres. Tessa aimerait profondément avoir la foi, mais elle ne l’a pas. Elle ne peut donc utiliser Dieu ou une croyance certaine comme explication commode de l’inexplicable ; elle cherche du côté de la psychologie, de la perception, du hasard, de la matière ou du symbole, et accepte parfois qu’aucune réponse ne suffise.

Des racines héritées plus que connues

Tessa est née à Varon de deux parents originaires de Sénara. Ils ont commencé tout au bas de l’échelle sociale et se sont usés au travail, notamment dans les métiers liés aux mines, pour lui offrir une enfance qu’elle se rappelle heureuse et protégée. Elle est profondément varonienne et pourtant nostalgique d’un territoire qu’elle connaît mal. Elle ne parle pas réellement la langue familiale, mais quelques mots et expressions sénariens ont survécu dans sa manière de parler.

L’endroit où les livres sont devenus sérieux

Lorsque ses parents travaillaient, une vieille femme que Tessa appelle encore Mémé la gardait régulièrement. C’est chez elle qu’elle découvre les livres et qu’elle apprend qu’on peut passer des heures à lire sans avoir à s’en excuser. Mémé est toujours vivante. Tessa voudrait la voir davantage et supporte mal les pertes de mémoire qui modifient peu à peu la femme dont elle conserve une image d’enfance presque intacte.

Mille pages dehors, deux cents pages dedans

Tessa travaille surtout dans Varon : sur des bancs, des marches, des murets, dans des cafés ou partout où elle peut regarder la ville vivre. Son minuscule ordinateur possède un écran d’environ cinq pouces surmontant un clavier presque normal. Elle accumule parfois près de mille pages de notes, puis disparaît chez elle pendant environ une semaine. Elle mange peu, dort peu et transforme toute cette matière en un roman généralement beaucoup plus court.

Quand la première feuille sort, le texte est fini

Dans son appartement de Basse-Eau se trouve une vieille imprimante A4. Tessa n’imprime jamais un brouillon et ne se sert jamais du papier pour se relire. Elle n’appuie sur « imprimer » que lorsqu’elle considère le texte définitivement terminé. La première feuille qui sort signifie que l’œuvre n’est plus en chantier : elle est prête à être donnée à lire.

Une affection sans discours

Tessa vit avec un chat nommé Piston. Après plusieurs relations destructrices, elle apprécie chez lui une vérité qui passe directement par le comportement : il veut être là ou il s’en va, il aime ou il n’aime pas, sans promesse à interpréter. Piston n’est pas un substitut à l’amour. Tessa aimerait encore rencontrer quelqu’un ; elle ne le cherche pas désespérément et ne souffre pas de vivre seule. Elle a en revanche renoncé à avoir des enfants.

Deux souverainetés qui se heurtent

Élian pense d’abord à ce que le joueur doit vivre. Tessa pense d’abord à ce que le personnage peut réellement dire et faire. Une scène peut fonctionner parfaitement et être refusée par Tessa parce que « cet homme ne ferait jamais cela » ; une scène peut être humainement exacte et être coupée par Élian parce qu’elle est injouable. Ils se confrontent fortement, mais chacun reconnaît à l’autre une autorité réelle sur son terrain.